Lésion du nerf facial après un lifting : à quelle fréquence, et peut-elle être définitive ?
Une atteinte du nerf facial après un lifting cervico-facial est peu fréquente, le plus souvent temporaire, et elle a été chiffrée. Une méta-analyse de 2026 consacrée au lifting deep plane, qui regroupe 45 études et 10 784 patients, retient 1,2 % d’atteinte temporaire du nerf facial et aucun cas d’atteinte définitive. Ce zéro se lit avec précaution : il signifie qu’aucun cas n’a été rapporté dans 45 travaux menés sur des dossiers déjà constitués, et non que la chose soit impossible.
Sur le nerf en lifting deep plane, aussi appelé lifting profond, les cliniques écrivent « rare et temporaire ». La formule est exacte, mais elle couvre aussi bien 1 sur 10 que 1 sur 1 000, si bien qu’elle ne vous apprend rien sur l’opération qu’on vous propose. Vous cherchez un chiffre, une branche et un délai.
Une méta-analyse portant sur l’ensemble des techniques du SMAS ne trouve aucune différence de risque d’atteinte définitive entre elles. Les taux temporaires les plus élevés y sont ceux du SMAS latéral haut, 1,85 %, et de la rhytidectomie composite, 1,52 %. Aucun chiffre temporaire propre au deep plane ne figure dans cette source.
Baker et Conley situaient dès 1979 l’atteinte sous un pour cent, avec un retour spontané de la fonction chez plus de 80 % des patients en six mois. Ce travail date de 1979 et ne porte pas sur le deep plane. Une revue de 2025 portant sur 20 études donne pour sa part une fourchette de 0,5 à 5 %, sur des travaux dont les protocoles ne se comparent pas entre eux. Aucun point médian de cet intervalle n’a jamais été publié, et il n’y a donc pas de chiffre unique à retenir.
Quelle branche, et à quelle profondeur passe-t-elle là où le chirurgien décolle ?
Le risque tient à une seule relation : la profondeur de la branche au point exact que le décollement atteint. Demander « ce lifting est-il sûr pour le nerf ? » appelle une réponse commerciale. Demander « à quelle profondeur passe la branche la plus proche là où vous travaillez ? » appelle une réponse chirurgicale. Une seule de ces deux questions porte sur votre visage ; c’est la seconde.
Une revue de 2020 des zones de danger du nerf facial distingue deux choses. Les schémas de ramification des branches marginale et cervicale varient d’un visage à l’autre en deux dimensions. En trois dimensions, leur position et leur profondeur restent constantes et prévisibles. Ses auteurs définissent les zones de danger comme les endroits où le nerf facial est superficiel et adjacent aux plans de décollement employés en lifting.
À la tempe, aucune ligne mémorisée ne suffit. Sur 42 hémifaces de cadavres disséqués, les branches temporales qui franchissent l’arcade zygomatique sont au nombre de 1 à 3, et non d’une seule. La plus proche se situe à 20,62 ± 3,84 mm du tragus à droite, et à 21,33 ± 3,10 mm à gauche. Un repère appris par cœur ne remplace donc pas une dissection.
Le plan sous-SMAS joue dans les deux sens, si bien que la discussion s’embrouille. Là où les branches passent sous un plan fascial, le décollement sous-SMAS les protège. Là où les ligaments de retenue sont sectionnés, c’est ce même décollement qui s’approche au plus près d’une branche. Le geste qui sectionne ces ligaments est justement celui qui sépare ce qu’un lifting deep plane libère de ce qu’un lifting SMAS laisse en place.
Quelles branches du nerf facial un lifting met-il en danger, et pourquoi ?
Cinq groupes de branches sortent de la glande parotide : temporale (frontale), zygomatique, buccale, marginale mandibulaire et cervicale. Un lifting traverse les cinq territoires, à cinq profondeurs différentes. Une branche n’est donc pas « profonde » ou « superficielle » en soi : elle l’est à un endroit donné, et c’est cet endroit qui compte.

La branche frontale, au-dessus de l’arcade zygomatique
Quand le sourcil ne remonte plus après un lifting, c’est cette branche qui est en cause. Le front devient lisse de ce côté-là, et la faiblesse se voit dans toutes les expressions, pas seulement quand vous cherchez à lever le sourcil.
L’anatomie au-dessus de l’arcade n’est pas celle qu’enseignent la plupart des manuels. On enseigne couramment que la branche frontale chemine dans le SMAS, le système musculo-aponévrotique superficiel, à hauteur de l’arcade. Or, sur 18 hémifaces de cadavres frais congelés, elle cheminait dans toutes les dissections à l’intérieur du fascia innominé. Elle ne passe dans le fascia temporal superficiel que 1,5 à 3,0 cm au-dessus de l’arcade, et 0,9 à 1,4 cm en arrière du rebord orbitaire latéral.

Une autre équipe a mesuré la même transition sur 36 spécimens hémifaciaux frais. La branche y devient intra-SMAS à 9,61 ± 5,08 mm en moyenne au-dessus de l’arcade, et à 12,19 ± 4,77 mm en arrière de la ligne de Pitanguy. Cette équipe parle de zone de prudence et non de marge de sécurité, car l’écart-type atteint 5,08 mm : la moyenne ne dit presque rien du visage qui se trouve sur la table.
Les deux mesures sont publiées et elles ne concordent pas. Faire la moyenne des deux n’aurait aucun sens. Le fascia innominé, terme propre au premier article, n’est pas le SMAS. Une branche qui court sous le SMAS permet de sectionner celui-ci à hauteur du bord supérieur de l’arcade, ou au-dessus. Vient ensuite, dans cette même région, la question de la fixation au-dessus du sourcil, qui relève d’un tout autre geste.
Les branches zygomatique et buccale, aux ligaments de retenue
Un sourire asymétrique après un lifting vient le plus souvent de cette zone. S’y ajoute une joue qui ne se soulève plus et, quand les branches zygomatiques hautes sont touchées, une fermeture incomplète de l’œil.
Sur 22 hémifaces de cadavres, les auteurs ont situé la branche zygomatique par rapport aux ligaments de retenue (retaining ligaments). Le ligament zygomatique principal se situe à 44,91 ± 9,72 mm du tragus, le ligament massétérin supérieur à 46,35 ± 8,34 mm. Entre les deux passe une branche zygomatique supérieure, toujours profonde, à 4,07 ± 1,29 mm, dans le plan sous-SMAS.
Une branche inférieure, elle, passe sous le ligament massétérin supérieur ou perfore son bord dans 54 % des cas. Sa profondeur tombe alors à 1,41 ± 0,95 mm, et elle devient visible juste en aval du ligament. Les auteurs concluent que les deux ligaments ménagent entre eux un passage sûr, par lequel la branche zygomatique chemine en profondeur. Immédiatement en dedans et en bas du ligament massétérin supérieur, cette branche devient superficielle et vulnérable.
La libération ligamentaire, geste qui définit le deep plane étendu, se fait exactement à cet endroit. Ces mesures valent sous deux réserves : elles ne décrivent que ce plan, et les ligaments eux-mêmes varient d’un visage à l’autre.
Une revue de 2021 des complications à court terme du lifting décrit la branche buccale comme la plus souvent lésée, et pourtant souvent inaperçue, l’innervation croisée compensant le déficit. Ce constat ne vient que d’une revue, et aucun chiffre ne l’appuie : aucune étude primaire n’a pu être vérifiée.
Les branches marginale mandibulaire et cervicale, et la lèvre inférieure qui n’est pas paralysée
Les patients décrivent la chose avec précision : la lèvre ne se tire plus vers le bas d’un côté, moins de dents du bas apparaissent, la bouche paraît de travers quand ils parlent. Deux lésions différentes produisent ce même aspect, et elles n’ont pas du tout le même pronostic.
Dans un travail portant sur 2 002 liftings SMAS-platysma opérés par un seul chirurgien, les deux sont comptés à part. La pseudo-paralysie du nerf marginal mandibulaire, causée par une lésion du rameau cervical, y compte 34 cas sur 2 002, soit 1,7 %. Tous ont récupéré complètement, de 3 semaines à 6 mois. La vraie atteinte marginale mandibulaire, elle, n’apparaît qu’une seule fois sur 2 002, soit 0,05 %, et ce chiffre vient du corps de l’article et non de son résumé. Ces interventions vont de 1977 à 2001 : il ne s’agit pas de liftings deep plane.
La distinction se fait devant un miroir, chez vous. Quand le patient peut encore éverser la lèvre inférieure, la lésion porte sur le rameau cervical, puisque le muscle mentonnier, lui, fonctionne toujours.

Le nom est venu avant la mesure. Un article de 1979 sur le rameau cervical décrit un patient au sourire « full denture » qui ne pouvait plus rétracter la commissure labiale après un lifting du platysma.
La mesure, elle, n’est venue que bien plus tard. Sur 55 têtes de cadavres examinées en 2023, le tronc du rameau cervical quitte la capsule parotidienne à 5 mm en moyenne sous le platysma, avec un écart-type de 1,3 mm et des extrêmes de 3 à 7 mm. Les mêmes auteurs ont vu la faiblesse des abaisseurs de la lèvre se résoudre en 12 semaines. La même anatomie commande le choix entre une liposuccion du cou et un lifting du cou.
Pourquoi le plan sous-SMAS est l’argument, dans les deux sens
Le décollement sous-SMAS est le geste le plus protégé du lifting, et c’est aussi le plus exposé. Tout dépend de l’endroit. Au-dessus du masséter inférieur, le décollement glisse sur un plan fascial sous lequel toutes les branches motrices restent. Aux ligaments de retenue, il longe une branche.
Bryan Mendelson et ses coauteurs ont décrit l’espace prémassétérin à partir de 16 cadavres frais et de plusieurs centaines de rhytidectomies. Cet espace rhomboïdal mesure 40 à 50 mm de travers, et son plancher est tapissé par le fascia massétérin, sous lequel passent les branches du nerf facial. Dans leurs termes, le décollement y est exsangue et sûr, parce que toutes les branches se trouvent hors de l’espace. Ils ajoutent que l’incision du SMAS doit être placée en avant de la position pré-auriculaire traditionnelle, pour se trouver au-dessus de cet espace.
Leur conclusion a des bornes nettes : elle vaut pour un seul espace délimité, et non pour la région médiofaciale.
Pourquoi les taux publiés divergent-ils autant ?
Les taux publiés pour la même complication vont d’environ 1 % à plus de 12 %. L’écart vient de la méthode des études, pas de la chirurgie.
Quand on examine chaque patient à des dates fixées d’avance, on relève bien plus de faiblesses transitoires qu’en relisant des dossiers déjà constitués. Une cohorte prospective de 166 liftings primaires relève 12,4 % de faiblesse transitoire en deep plane et 11,1 % en plicature du SMAS, avec p = 0,70. La récupération médiane y est de 30 jours contre 25,5 jours, avec p = 0,65. Les travaux menés sur des dossiers déjà constitués, eux, tournent autour d’un patient sur cent.
Les deux comptes sont honnêtes. L’un enregistre chaque signe, même minime, à un examen fixé à l’avance ; l’autre enregistre ce que quelqu’un a noté dans un dossier.
| Branche | Rapport au plan | Déficit | Fréquence (source) | Récupération |
|---|---|---|---|---|
| Frontale (temporale) | fascia innominé, plus profonde que le SMAS à l’arcade ; intra-SMAS à 9,6 ± 5,1 mm au-dessus dans une étude, 1,5 à 3,0 cm dans une autre (Pankratz 2020, Agarwal 2010) | le sourcil ne se lève plus, front lisse d’un côté | moins de 1 % dans les revues de synthèse ; le chiffre de 0,1 % d’atteinte définitive ne vient que d’une enquête ASPS de 2000, citée dans une revue de 2021 | aucun chiffre vérifié par branche |
| Zygomatique | 4,07 ± 1,29 mm de profondeur entre le ligament zygomatique et le ligament massétérin supérieur ; 1,41 ± 0,95 mm juste en dedans et en bas de ce dernier (Alghoul 2013) | sourire irrégulier, joue faible, fermeture incomplète de l’œil | aucun taux propre à cette branche vérifié | résolution en 3 à 4 mois (Sinclair 2021) |
| Buccale | sous le fascia massétérin, dans l’espace prémassétérin (Mendelson 2008) | joue faible, aliments qui s’accumulent, souvent inaperçu | la plus fréquente dans les revues de synthèse, souvent inaperçue ; aucun chiffre vérifié | résolution en 3 à 4 mois (Sinclair 2021) |
| Marginale mandibulaire | profondeur constante en trois dimensions, position variable en deux (Stuzin · Rohrich 2020) | la lèvre ne descend plus, éversion impossible | 1 sur 2 002, série SMAS-platysma (Daane · Owsley 2003) | aucun chiffre vérifié |
| Cervicale (pseudo-paralysie) | tronc à environ 5 mm plus profond que le platysma, écart-type 1,3, extrêmes 3 à 7 mm (Minelli 2023) | même lèvre de travers, mais elle s’éverse parce que le muscle mentonnier fonctionne | 34 sur 2 002, soit 1,7 % (Daane · Owsley 2003) | récupération complète dans 100 % des cas, de 3 semaines à 6 mois ; faiblesse des abaisseurs de la lèvre résolue à 12 semaines (Minelli 2023) |
| Toutes branches, deep plane, chiffres additionnés | sans objet | sans objet | temporaire 1,2 %, aucune atteinte définitive rapportée sur 45 études et 10 784 patients (Koroma 2026) | la neuropraxie représente 80 à 90 % des lésions ; 70 % de récupération complète à six mois (Pourhoseini 2025) |
Le tableau reste vide là où la donnée manque : la plupart des taux par branche n’ont jamais été mesurés.
Viennent ensuite les travaux d’un seul chirurgien. 153 patients opérés d’un deep plane étendu à accès minimal donnent 1,3 % d’atteinte temporaire, sur des dossiers déjà constitués, avec un suivi moyen de 12,7 mois. Une série de 2026 portant sur 240 liftings deep plane étendus rapporte une dysfonction transitoire chez 14 patients, soit 5,8 %, et il s’agit de sa complication la plus fréquente. Dans une comparaison de 2026 chez 70 patients, aucune atteinte définitive n’apparaît, sur un dénominateur bien trop petit pour un événement qui survient une fois sur cent. Une méta-analyse de 2025 sur 47 études trouve des taux semblables d’un plan à l’autre, sans publier de pourcentage regroupé.
Toutes ces comparaisons opposent le deep plane à d’autres opérations du SMAS. Aucune source ne le compare à un mini-lifting ni à un lifting cutané isolé pour l’atteinte nerveuse. Une incision plus courte est un choix de conception, pas une autre opération.
Combien de temps prend la récupération du nerf facial après un lifting ?
La plupart des faiblesses observées après un lifting sont des neuropraxies, le grade le plus léger de lésion nerveuse. Une faiblesse qui dépasse l’effet de l’anesthésique local devrait se résoudre en 3 à 4 mois. Au-delà, tout dépend du grade.
Une asymétrie constatée le jour même de l’intervention n’est le plus souvent pas une lésion : elle reflète l’anesthésique local résiduel, qui se dissipe en quelques heures. Ne datez donc rien à partir de la salle de réveil.
La classification de Seddon, rappelée dans un chapitre de StatPearls sur la lésion nerveuse périphérique, distingue trois grades. La neuropraxie donne une faiblesse transitoire, avec récupération spontanée complète en quelques jours à quelques semaines. L’axonotmésis fait perdre les fonctions motrice et sensitive avec atrophie, et la récupération y est plus longue mais possible. Le neurotmésis interrompt complètement les axones et le tissu conjonctif, si bien qu’aucune régénération spontanée n’est possible. La repousse axonale se fait à environ 1 mm par jour, avec des extrêmes de 0,5 à 3 mm, et ce chiffre relève de la physiologie nerveuse générale, pas du lifting.

Sur 20 études hétérogènes regroupées, la neuropraxie représente 80 à 90 % des cas. Sous corticoïdes et kinésithérapie, 70 % des patients récupèrent complètement en six mois, et environ 10 % gardent un déficit persistant.
Pour une asymétrie qui persiste, cette même revue décrit une chémodénervation du côté opposé par toxine botulique, à titre de mesure d’attente. Les chiffres de dose publiés n’ont pas pu être vérifiés.
Une patiente venue de loin pour une chirurgie esthétique en Corée pose une question plus pratique : quelle part de cette récupération aura lieu avant qu’un médecin la revoie chez elle. C’est cette part qui détermine combien de temps rester en Corée après une intervention.
Comment je décolle autour du nerf facial, et ce que je dis à une patiente le premier jour
Je pratique surtout des liftings deep plane. Le nerf facial fait partie de ce qui rend cette technique difficile. Ce n’est pas une raison de l’éviter.
Pourquoi j’utilise le deep plane, et ce que cela change pour le nerf
Mon choix de ce plan est mécanique, pas neurologique. Un SMAS retendu tire contre une tension qui n’a jamais été libérée, et un visage libéré seulement en partie garde son ancienne attache. La sécurité nerveuse dans ce plan, elle, n’est pas mon constat : c’est celui des anatomistes, et je m’appuie sur leurs mesures.
Où la libération s’approche le plus d’une branche
J’abaisse tous les ligaments zygomatiques que je peux atteindre, et je sectionne les ligaments massétérins le long du bord antérieur du masséter. Je poursuis jusqu’à ce que le tissu glisse librement sous ma main : en dedans, au-delà du sillon nasogénien ; juste au-dessus des muscles zygomatique majeur et mineur ; jusqu’à mobiliser le melo fat pad, ce compartiment graisseux placé juste derrière le sillon nasogénien.
Ce territoire est exactement celui qu’a mesuré l’étude des 22 hémifaces. C’est là que la marge publiée entre le plan et la branche motrice est la plus mince.
L’anatomie asiatique réduit la marge, et ce que cela change
Chez mes patients, la difficulté caractéristique du décollement sous le SMAS tient à un point précis : la limite entre le SMAS et les muscles zygomatique majeur et mineur est fréquemment indistincte. Ce même endroit est aussi le plus dangereux, puisque le bon plan passe immédiatement au-dessus de ces muscles et de leur innervation.
La peau et le SMAS asiatiques sont par ailleurs nettement moins élastiques. Une libération incomplète ne laisse donc aucune réserve de souplesse, et il n’y a rien à rattraper ailleurs : il faut la pousser plus loin au lieu de l’interrompre trop tôt.
Un visage qui a perdu du volume et non sa position change encore le calcul.
Le cours d’anatomie, ce qu’il prouve et ce qu’il ne prouve pas
J’ai suivi le Mendelson Advanced Facial Anatomy Course (MAFAC), un cours de dissection cadavérique en anatomie faciale. Il porte le nom de Bryan Mendelson, auteur de l’article sur l’espace prémassétérin cité plus haut. D’après le site du cours, 32 sessions se sont tenues depuis 2009, sur un format de deux jours, pour des chirurgiens plasticiens en exercice et des internes.
L’anatomie de dissection compte, et les auteurs de la revue des zones de danger disent pourquoi : un schéma de ramification ne se mémorise pas, puisqu’il varie. La profondeur, elle, ne bouge pas, et elle s’apprend sur un spécimen, pas sur un schéma. Un cours de dissection enseigne cette profondeur, rien d’autre.
Aucune étude publiée ne relie pourtant la participation à un cours de dissection cadavérique à un taux de complications plus bas. Les données relient en revanche l’expérience à des taux globaux plus bas.
Lequel de ces profils êtes-vous ?
Ces situations se distinguent par le moment et par le constat, pas par l’âge. Lisez les six et retenez celui qui décrit ce que vous voyez dans votre miroir.
Au premier jour, votre sourire est asymétrique. L’anesthésique local résiduel explique la plupart de ces cas, et l’asymétrie se dissipe en quelques heures.
À la troisième semaine, votre lèvre inférieure ne descend plus d’un côté. L’éversion départage les deux causes. Si la lèvre s’enroule encore vers l’extérieur, il s’agit d’une pseudo-paralysie du rameau cervical, qui a récupéré complètement dans tous les cas publiés. Si elle ne s’éverse pas, la branche marginale mandibulaire est en cause.
Au deuxième mois, votre sourcil ne se lève plus. C’est une faiblesse de la branche frontale, visible dans toutes les expressions. Ce qui compte alors, c’est le grade de la lésion et ce qu’implique une repousse d’environ 1 mm par jour.
Vous avez lu que le deep plane est plus dangereux. Le risque d’atteinte définitive ne différait pas entre les techniques du SMAS, et les taux temporaires les plus élevés sont ceux du SMAS latéral haut et de la rhytidectomie composite.
Vous envisagez un second lifting. Les plans cicatriciels et l’amincissement du SMAS sont documentés en chirurgie de reprise. Un visage surchargé de produit de comblement complique encore le décollement.
Vous demandez si une opération plus légère est plus sûre. Aucune source ne compare le deep plane à un mini-lifting ni à un lifting cutané isolé, et une cicatrice plus courte ne déplace aucune branche.
Que faire si quelque chose ne bouge plus après mon lifting ?
Faites trois vérifications chez vous, puis appelez au lieu d’attendre. Enroulez la lèvre inférieure vers l’extérieur pour voir si elle s’éverse. Levez les deux sourcils. Fermez doucement les deux yeux et regardez si les cils disparaissent.
Au jour zéro, cela se règle généralement en quelques heures. Signalez tout ce qui persiste ensuite, au lieu de le surveiller chez vous.
Un signe impose de consulter le jour même : un œil qui ne se ferme pas complètement laisse la cornée exposée.
Pour le reste, le traitement publié repose sur les corticoïdes et la kinésithérapie. L’œdème explique la plus grande part de ce que vous observez pendant les premières semaines qui suivent l’incision.
Regard du chirurgien
Dire à une patiente effrayée que l’atteinte nerveuse est rare, c’est rassurant, et c’est la chose la moins utile que je puisse lui dire. Ce qui aide, c’est de nommer la branche, de dire à quelle profondeur elle court là où l’opération passe, et de donner le délai si elle est faible ensuite. Une patiente à qui j’explique que sa lèvre inférieure peut relever de deux causes, dont l’une a récupéré dans tous les cas publiés, ressort plus calme. Pas parce que j’ai eu l’air sûr de moi. Parce qu’elle sait ce qu’elle regarde.
Qu’est-ce qui augmente le risque, et qu’est-ce que personne n’a mesuré ?
Quatre éléments sont documentés autour d’un lifting. Le premier n’est pas une lésion : la faiblesse des premières heures reflète couramment l’anesthésique local résiduel. Le reste, tout ce qui a l’air d’un facteur de risque nerveux, n’a jamais été mesuré pour le nerf.
Le deuxième est la chirurgie de reprise. Une revue systématique de 2026 sur la rhytidectomie secondaire a réuni 14 articles et 737 patients. Le constat le plus régulier y est une anatomie modifiée : un SMAS plus mince et plus fragile, de la fibrose, des plans cicatriciels. Les taux de complications y vont de 2,0 à 21,1 %, l’hématome et l’atteinte nerveuse temporaire étant les plus fréquents, pour des taux globaux comparables à ceux d’une intervention primaire. Ce chiffre haut couvre les deux ensemble : ce n’est pas un taux d’atteinte nerveuse.
Mon expérience concorde. Les couches sont fusionnées, le décollement est lent, le saignement plus important, et je compte six mois minimum avant une reprise. Une première opération mal conduite laisse autre chose derrière elle, et c’est pourquoi certains liftings donnent un visage tiré.
Le troisième est l’expérience, avec une réserve. Dans le travail sur 240 deep plane étendus, les complications globales passent de 16,7 % sur les 60 premiers cas à 8,3 % sur les 60 derniers. L’atteinte nerveuse, elle, n’y est pas rapportée comme diminuant, si bien qu’on ne devrait pas affirmer qu’elle baisse avec l’expérience. Baker et Conley attribuaient l’absence de hausse des atteintes nerveuses, malgré les nouvelles techniques sous-SMAS, à des chirurgiens plus expérimentés travaillant sous contrôle visuel direct.
Le quatrième rassemble les facteurs de risque généraux du lifting, qui ne sont pas spécifiques du nerf. Sur 13 346 rhytidectomies de la base TOPS, les événements indésirables atteignent 5,1 %, l’hématome 1,9 % et l’infection 0,8 %. Les complications augmentent avec le sexe masculin, l’obésité, le tabagisme, une durée opératoire plus longue, des gestes combinés, l’anesthésie générale et une intervention réalisée en cabinet. Cette base ne rapporte pas du tout l’atteinte du nerf facial, si bien que « le tabac augmente le risque nerveux » n’est pas une conclusion qu’on peut en tirer.
L’hématome mérite d’être nommé à part, car le décollement deep plane l’augmente : 1,22 %, avec un odds ratio de 1,67. J’applique pour ma part un protocole d’hémostase, décrit dans la prévention de l’hématome par filet hémostatique. Le lien entre hématome et paralysie nerveuse, lui, n’a aucune source vérifiée.
Ce qui n’est pas établi
Quatre points ne sont pas établis.
Le premier est la neurostimulation peropératoire. Dans les travaux publiés, la seule chose vérifiable est qu’elle a montré un potentiel mais demande une validation supplémentaire, ce qui n’est pas la même chose que « recommandée ».
Le deuxième est le cours de dissection cadavérique : aucune étude ne relie la participation à un taux de complications plus bas.
Le troisième concerne les données coréennes. En anglais comme en coréen, aucune étude coréenne évaluée par les pairs ne rapporte de taux d’atteinte du nerf facial après lifting. La seule revue systématique spécifique du nerf facial paraît dans une revue coréenne, mais elle est écrite par des auteurs en Iran, et les études qu’elle inclut ne sont pas coréennes.
Le quatrième rassemble les chiffres par branche qui n’existent pas : aucun décompte vérifié de l’arborisation buccale, aucun pourcentage de communications croisées, aucune incidence par branche en dehors des chiffres de l’étage inférieur cités plus haut.
Reste l’option non chirurgicale, traitée dans lifting par fils tenseurs contre lifting.
Demandez quelle branche et quel plan, et non si c’est sûr
La sécurité dépend ici de la profondeur en un point donné, pas d’un nom de technique. Ce qui décide du risque, c’est la distance entre la branche et l’instrument au moment où l’on libère.
À l’endroit de mon visage où vous allez libérer, à quelle profondeur est la branche, et à quelle profondeur êtes-vous ? Un chirurgien capable de répondre a disséqué.
Posez-la en même temps que deux autres. Demandez à votre chirurgien quelle couche a changé chez vous, une question qui recoupe ce qui vieillit à 40, 50, 60 et 70 ans. Dites-lui ensuite ce que vous attendez de l’opération, ce qui suppose de s’entendre d’abord sur ce que « naturel » veut dire.
Rédigé par le Dr Yongwoo Lee, chirurgien plasticien certifié par le conseil coréen de chirurgie plastique, spécialisé en anatomie faciale et en chirurgie esthétique à VIP Plastic Surgery, en Corée du Sud.
Questions fréquentes sur le nerf facial et le lifting
À quelle fréquence le nerf facial est-il touché après un lifting ?
Une méta-analyse de 45 études deep plane et 10 784 patients retient 1,2 % d’atteinte temporaire et aucun cas d’atteinte définitive rapporté. Une revue de 20 études aux protocoles différents donne de son côté une fourchette de 0,5 à 5 %. Aucun point médian de cet intervalle n’a été publié, et il ne faut donc pas en calculer un.
Le lifting deep plane est-il plus dangereux pour le nerf que le lifting SMAS ?
Les données comparatives ne le montrent pas. Le risque d’atteinte définitive ne différait pas entre les techniques du SMAS. Les taux temporaires les plus élevés sont ceux du SMAS latéral haut, 1,85 %, et de la rhytidectomie composite, 1,52 %.
Quelle branche du nerf facial est la plus souvent lésée ?
Les revues de synthèse désignent la branche buccale. Elle passe souvent inaperçue, l’innervation croisée compensant le déficit. Aucune étude primaire n’a pu être vérifiée sur ce point, si bien qu’aucun pourcentage ne peut être donné.
Mon sourire est asymétrique le lendemain de mon lifting, est-ce une lésion nerveuse ?
Le plus souvent non. Une dysfonction transitoire et une asymétrie immédiates reflètent couramment l’anesthésique local résiduel, qui se dissipe en quelques heures. Signalez une faiblesse encore présente ensuite, pour qu’elle puisse être datée.
Pourquoi ma lèvre inférieure ne descend-elle plus d’un côté, est-ce le nerf marginal mandibulaire ?
Deux lésions différentes donnent cet aspect. Une lésion du rameau cervical produit une pseudo-paralysie, retrouvée chez 1,7 % des patients dans une série de 2 002 liftings SMAS-platysma, avec une récupération complète de 3 semaines à 6 mois. Une vraie atteinte marginale mandibulaire n’est survenue qu’une seule fois dans cette même série.
Qu’est-ce que la pseudo-paralysie, et comment la tester chez soi ?
C’est une faiblesse de la lèvre inférieure qui ressemble à une atteinte marginale mandibulaire mais vient du rameau cervical. Le patient peut encore éverser la lèvre inférieure, c’est-à-dire l’enrouler vers l’extérieur. Le muscle mentonnier, lui, fonctionne toujours.
Mon sourcil se relèvera-t-il si le nerf du front a été lésé ?
Ce que l’on appelle ici le nerf du front est la branche frontale. Aucun chiffre de récupération vérifié n’existe pour cette branche. Une faiblesse qui dépasse l’effet de l’anesthésique local devrait se résoudre en 3 à 4 mois, et quand les axones sont en cause, la repousse est d’environ 1 mm par jour.
Combien de temps prend la récupération du nerf facial ?
La neuropraxie représente 80 à 90 % des lésions. Sous traitement conservateur, 70 % des patients récupèrent complètement en six mois, et environ 10 % gardent un déficit persistant. La faiblesse des abaisseurs de la lèvre s’est résolue en 12 semaines environ dans le travail qui l’a suivie.
L’atteinte est-elle temporaire ou définitive ?
Presque toujours temporaire. Une atteinte définitive reste possible et n’est pas exclue. Le zéro obtenu en additionnant les travaux deep plane signifie qu’aucun cas n’a été rapporté sur des dossiers déjà constitués, et non que le taux soit de 0 %, ce qui laisse place à un biais de publication.
Pourquoi certaines études annoncent 1 % et d’autres 12 % ?
Elles ne mesurent pas le même événement. Une revue sur dossiers déjà constitués enregistre la faiblesse que quelqu’un a notée. Une étude prospective, qui a examiné ses 166 patients à des dates fixées d’avance, a relevé 11 à 12 %. Aucun des deux chiffres n’est faux, et ils ne sont pas interchangeables.
Un second lifting est-il plus risqué pour le nerf ?
L’anatomie est bien différente la seconde fois. Une revue systématique de 737 patients de rhytidectomie secondaire décrit un SMAS plus mince, de la fibrose et des plans cicatriciels. L’hématome et l’atteinte nerveuse temporaire y sont les complications les plus fréquentes.
Utilise-t-on la neurostimulation pendant un lifting ?
Pas en pratique courante. La seule affirmation vérifiée dans les travaux publiés est que la surveillance peropératoire a montré un potentiel mais demande une validation supplémentaire.
Que demander à un chirurgien sur le risque nerveux ?
Demandez où la libération va passer, à quelle profondeur court la branche la plus proche à cet endroit, et dans quel plan le décollement reste. Demandez ensuite ce qui serait fait si votre lèvre était faible à la troisième semaine.
Cet article est fourni à titre d’information uniquement et ne constitue pas un avis médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié avant de prendre une décision concernant une intervention chirurgicale ou non chirurgicale.
